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BlogMouride

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BD Mouride l'artiste  Lundi 16 Juillet 2007
Quatre ans après le coup d'éclat de « On affame bien les rats », Abdelaziz Mouride récidive avec une nouvelle B.D, « Le Coiffeur ».
Oumaïma Draoui (Le Journal Hebdo)

Il y a 20 ans, on annonçait à un homme incrédule qu'il était libre, après 10 années passées dans les geôles marocaines et 12 ans avant sa libération présumée. C'est que le sieur avait fait du grabuge même en taule. Abdelaziz Mouride livrait clandestinement, au dehors, des planches de croquis qui donneront une bande dessinée pas comme les autres. Tiré du quotidien écrasant et douloureux de l'emprisonnement, « On affame bien les rats » est publié en France sous un pseudonyme et fait la Une de « Libération » et le tour du monde. De la commission européenne aux mains du l'ex- président américain Carter, le détenu politique, nouveau bédéiste, livrait en images le témoignage fort et bouleversant des conditions de détention des Marocains pendant les années de plomb. C'était en 1982, sous le titre « Dans les entrailles de mon pays » en hommage au poème de l'opposant chilien Pablo Neruda, et signé Rahal, du nom d'un compagnon d'infortune mort en essayant de s'échapper. Il faudra attendre 2000 pour voir la B.D publiée au Maroc aux éditions Tarik. Et 2004 pour que Mouride récidive avec un nouvel essai dessiné, « Le coiffeur ». Toujours la même sensibilité, la même force d'analyse du quotidien et de ses compatriotes. Toujours cette même dose de rancœur et d'humour. L'exacte justesse entre la vérité et le vécu. « On affame bien les rats » était dénonciateur, balançant à la gueule des consciences à ornières, les balafres d'une réalité étouffée. « Le coiffeur », c'est autre chose. Juste le souvenir d'un adolescent plongé dans la vie de quartier et le salon de coiffure où il travaille. Juste le souvenir de ces troubles et mythiques années 60. L'auteur laisse alors le libre choix au lecteur de choisir son camp. Relevé par l'excellent travail plastique d'un grand coloriste, l'artiste peintre Miloudi Nouiga, c'est réussi, esthétique, percutant et touchant. C'est du Mouride tout craché. Une composition formidable indissociable de l'homme et de son parcours.

Le trait juste d'une époque injuste
Dans ce salon de coiffure, dans ce milieu masculin, il y a une foultitude de personnages et de petites histoires qui se croisent sur fond de grande Histoire marocaine. L'instit' gauchiste que l'on fait disparaître, le réac' de la vieille époque, l'acteur romantique, l'ouvrier trahi et écrasé et le décadent coiffeur alimentent de leurs discussions et de leurs querelles le récit de cette révolutionnaire époque et de son ambiance grouillante. Le trait fin et pragmatique de Mouride raconte avec humour et sans concession les fous-rires de la joyeuse bande comme les destins estropiés par « un régime qui voulait faire vivre les Marocains dans la soumission moyenâgeuse ». Il relate l'histoire triste d'un Roméo et d'une Juliette brisés par les codes sociaux. Il raconte la cacophonie des enfants du derb qui narguent le vieux garbouz. Il dessine l'hécatombe du 23 mars 1965 quand Nouiga ne lésine pas sur le pourpre et qu'à la radio, on peut entendre : « C'est un complot ourdi par d'obscurs agitateurs au service de l'étranger… Les affrontements ont fait trois morts dont deux agents des forces de l'ordre… ». Il évoque aussi l'engouement provoqué par un Cheikh Al Arab alors que l'on construit le nouveau commissariat du quartier censé être d'abord dispensaire ou école. Dans son journal retrouvé intact, le narrateur raconte à son fils le quotidien ordinaire et explosif d'une époque dont le slogan fut : « il est interdit d'interdire », rappelle A. Mouride. Et revenu sur les lieux avec ce fils, 30 ans plus tard, se rend compte comme tout a changé et rien n'a changé.

Dans un encadré, l'auteur écrit d'un personnage : « C'est ça, Toto. Un être intense qui jette un regard lucide et goguenard sur tout ce qui l'entoure. On dirait que pour lui la vie n'est qu'un roman triste ou heureux qu'il faut lire sans trop prendre au sérieux ». C'est ça, Mouride. Un mec de gauche, un utopiste, condamné à 22 ans de prison pour atteinte à la sécurité intérieure, au régime royal et conspiration, devenu artiste, en n'ayant retenu de ses années noires que « la dimension humaine de la souffrance comme de la joie, les plus absolues ». Et faire des B.D où on rit, on s'émeut… Et puis on réfléchit. On réfléchit jusqu'à sa prochaine récidive, l'adaptation dessinée d'un autre mythe. « Le Pain nu » de Mohamed Choukri.

2005


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